« Lorsque j’ouvre un cœur, je pénètre à l’intérieur du mystère. Une étrange impression me saisit, celle qui vient des origines et surgit des obscurs territoires de l’inconscient…
J’ai le sentiment curieux et contradictoire de transgresser quelques interdits primitifs tout en banalisant un organe mythique. Qu’en est-il du sacré ? De l’âme, de la vie ? Dans ces questions sans réponse se mêlent une once de philosophie, un zeste de spiritualité, un soupçon de métaphysique, un voile de romantisme, mais le chirurgien n’a guère le loisir de s’y attarder : opérer un cœur, c’est empêcher que tôt ou tard il s’arrête.
Et pourtant, même aujourd’hui, avec sa technologie surpuissante, rigoureuse et glaciale, la cardiologie ne peut ignorer la portée métaphorique de ce cœur. Car il reste, pour nous tous, le repère des émotions et la source de l’existence. Constamment invoqué, il se fait innombrable pour traduire nos sentiments…Tour à tour, au gré des humeurs, le voilà léger ou tendre, dur ou mauvais, il se barbouille, se soulève, se donne, se prend, se vole, se fend, se glace…Oui, le cœur est partout, chargé de sens, évoquant selon les cas l’amour, la bonté, l’énergie mais surtout, pour nous médecins, la santé et la vie. Est-ce pour cela qu’il fut si longtemps, et qu’il reste encore, d’une certaines manière, un sujet tabou ?... »
Extrait du livre d’Alain DELOCHE « LE ROMAN DU CŒUR - 5000 ans pour le conquérir »
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